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dimanche 7 décembre 2014

Rencontrer, Alessandra










Interview de David Delacroix.

Plutôt qu'une interview cela a été une très belle discussion sur le monde de la musique, sur la musique dans le monde, sur les difficultés et les joies d’un métier qui est un peu comme l’amour selon Verdi : « Croce e delizia al cor ».

A l’occasion d’une conversation avec mon cher ami David Delacroix, premier violoncelle solo à l’orchestre symphonique de Bâle, musicien affirmé, et francophone, je lui ai demandé de me raconter quand il avait décidé de jouer de ce merveilleux instrument. C’est à l’âge de 5 ans, alors que sa mère l’avait emmené pour assister à un concert de musique de chambre au théâtre de Bordeaux, qu’il découvre la musique. Face aux instruments à corde et au piano il reste tellement fasciné qu’une fois sorti du concert, il déclare : « Je serai violoncelliste ».

Il suit les étapes pour apprendre à jouer et à connaitre l’instrument : d’abord dans une petite école de quartier ; puis dans un petit conservatoire ; ensuite dans un conservatoire plus prestigieux. A 18 ans il est reçu au Conservatoire Supérieur de Paris, le plus renommé de France. C’est justement là, au cours de ses 6 années d’études, qu’il commence à faire ses premiers remplacements dans différents orchestres en cas d’absence des musiciens fixes. Ensuite il gagne son premier objectif : le concours pour le poste de premier violoncelle solo à Bordeaux, sa ville natale. Conscient d’être à la fois très doué et très chanceux, car la compétition est extrême et les concours ne sont pas fréquents, il n’hésite pas à laisser cet emploi pour un autre, loin de Bordeaux, à l’étranger. Il quitte ce poste fixe  dans sa ville d’origine pour un poste à l’orchestre de l’Académie philharmonique de Berlin, où il reste deux années. Un bon choix, jamais regretté. Deux années d’études supplémentaires dans la capitale allemande lui offrent une expérience fondamentale et l’occasion de connaître des personnages extraordinaires du milieu musical. Enfin, il gagne à nouveau un concours pour premier violoncelle solo à l’Orchestre de Bâle, position qu’il occupe actuellement.

Un long parcours plein d’épreuves à surmonter. Ténacité et constance, unies à l’amour pour la musique, sont les atouts nécessaires. David déclare d’avoir eu de la chance : les concours organisés par les orchestres ne sont pas facile à gagner. Ceux qui n’y arrivent pas, même  musiciens excellents, pour ne pas renoncer à la musique, continuent à exercer leur profession en tant que free lance. La plupart n’a pas de famille. C’est bien risqué de concilier une famille avec un travail sans salaire fixe et contrat de travail. A ce sujet, je lui demande s’il n’a pas eu des moments de découragement ou de doute sur la voie entreprise, s’il n’a jamais été tenté de choisir un métier où l'emploi est plus sûr. Il me répond qu’heureusement pour lui la question ne s’est jamais posée : il a toujours eu « l’immense chance » de réussir à atteindre le but qu’il s’était fixé. Malheureusement, ceux qui n’y arrivent pas, n’ont pas une vie facile. Celui de la musique est un monde difficile, mais, en même temps merveilleux.        

-Quel est l’aspect que tu aimes le plus dans ton travail ? – je lui demande.
- J’aime chaque minute passé avec mon violoncelle. – est sa réponse.

La musique est pour lui une source de joie, l’accomplissement du rêve qu’il poursuivait depuis son enfance, renouvellé chaque jour et comblant sa vie. La musique lui a donné un langage avec lequel communiquer « toute une palette de sentiments et d’émotions, sans parler mais dans une autre langue, qui est universelle ». C’est en cela que la musique l’a enrichi.  Tous ne sont pas capables, en jouant, de communiquer quelque chose.  Il ne suffit pas d’être un bon instrumentiste pour être un bon musicien ! Il faut avant tout aimer la musique, savoir éprouver et transmettre des émotions à ceux qui écoutent.  Le travail, la technique, oui, mais c’est le talent qui fait la différence : ce don unique, inné, qu’on ne peut pas apprendre.

Dans notre monde globalisé et centré sur les chiffres et la technique, l’art et la culture sont de plus en plus négligés et mises de côté. Alors pourquoi cela vaut-il la peine de cultiver la musique ? Il me répond que tout ce qui nous donne encore des émotions, même économiquement non quantifiables, représente un bien inestimable et indispensable à « la tranquillité de l’âme ».

Il aime la musique et sa profession, mais cela comporte des sacrifices aussi. Une vie bien compliquée que celle de David, violoncelliste à Bâle, et de sa femme Bella, professeur de Russe à la Sorbonne de Paris. Pour ne pas oublier leurs deux merveilleux petits enfants ! Une vie partagée entre les voyages et les baby-sitters, les horaires des trains et de la crèche.  Mais tous les deux sont bien heureux d’avoir un travail qui les passionnent et qui les valorisent. Bien sûr leur rêve est de pouvoir travailler dans la même ville ! En attendant, ils sont ravis de se réaliser entièrement en faisant ce qu’ils aiment.


dimanche 30 novembre 2014

Performer, Alessandra





Dialogue entre Christian et Roxane, Acte III, Scène V, Cyrano de Bergerac. Edmond Rostand
Pastiche augmenté.

Université de Bâle, Institut de français. Tous les étudiants saluent Roxane qui reste seule dans le jardin. Assise à une table, elle voit Christian venir vers elle.
Roxane : Ah c’est toi ! Apparemment on est seuls…Il fait tellement bon ! Assied-toi. On parle un peu.

Christian s’assied et ne dit rien et puis…d’une voix horrible, très perçante pour un homme
                        Wow ! Tu es si jolie ! J’t’adore !

Roxane : Umm. Un peu prématuré...mais…euh dis-moi, vu qu’on se connaît juste par chat, dis-moi quelque chose de toi, quelque chose que je n’sais pas.

Christian : Aaaalors, oui, je suis étudiant…. et j’aime le football, oui ! Le FBC est ma passion… Wow ! T’es vraiment super avec cette jupe !

Roxane : Merci ! Le football ? Oh, désolée : moi je n’y comprends rien ! Mais ok, tu m’avais écrit que tu étudies philosophie, n’est-ce pas ? Ça te plait ?

Christian : Toi, tu me plais ! Ahahah t’es presque mieux d’un match de foot !

Roxane : un peu énervée
Non ! Non, s’il te plaît ! Ne parlons pas de football ! Tu m’as écrit que tu aimes la musique et le theâtre...

Christian à part : Ah bon ?
Ahhh oui, de temps en temps ! Mais toi tu me plais ! je t’aime bien, tu sais ?

Roxane : énervée
            Mais alors, c’est un refrain ! Qu’est-ce qui se passe ? Je ne comprends pas : par chat tu me parles de philosophie, de musique, de Shakespeare et là, les seuls sujets sont le football et mes jambes ?

Christian : Eh mais, c’est pas de ma faute, si t’as de belles jambes !

Roxane : très énervée
            Ce n’est pas vrai, je n’y crois pas ! Mais qu’est-ce que t’as fumé ?! No, écoute, je n’ai pas de temps à perdre ! Elle prend son Iphone et elle appelle quelqu’un. Salut Monique ! T’es où ? Ok. Oui, j’arrive tout de suite !... Eh, je te raconterai ! À tout à l’heure !

Christian : Mais…mais tu me laisses comme ça ?

Roxane : Tant mieux, non ? T’auras le temps d’aller regarder un match de foot ! Elle s’en va.

Edmond Rostand.
Edmond Eugène Alexis Rostand naquit à Marseille le 1 avril 1868 et décéda à Paris le 2 décembre 1918. Après ses études de droit à Paris il se décida pour la carrière d’écrivain. Son premier succès arriva en 1894 grâce à Les romanesques, pièce représentée à la Comédie française. Mais le vrai triomphe vint seulement quand le grand acteur Coquelin lui demanda une pièce. Rostand écrivit alors la célèbre comédie héroïque Cyrano de Bergerac.

Cyrano de Bergerac.
Représentée pour la première fois en 1897 au Théâtre de la Porte-Saint-Martin, Cyrano de Bergerac est une des pièces les plus populaires du théâtre français. Son auteur prit un grand risque en composant cette comédie héroïque inspirée de la vie et de l’œuvre de l’écrivain Savinien Cyrano de Bergerac, vécu au XVII siècle (1619- 1655). En effet la pièce en V actes est très longue et comporte un nombre considérable de personnages, de décors différents sont nécessaires entre un acte et l’autre (il y a aussi une scène de bataille), le rôle du protagoniste est très difficile à interpréter et exige un jeu éclectique, car Cyrano était en même temps poète et soldat. Mais le choix du grand acteur Benoît-Constant Coquelin pour l’interprétation du rôle principal garantissait la réussite. La pièce triompha et fut saluée par un applaudissement de vingt minutes. Le succès fut énorme en France comme à l’étranger et le personnage de Cyrano est aujourd’hui célèbre dans le monde entier. Cyrano de Bergerac est unique en son genre. Écrite en vers alexandrins, la pièce se caractérise par le mélange de genres et de registres en alternant scènes de farce et scènes d’amour, moments intimes et moments collectifs, registre noble et familiers. Fine épée et poète, toujours prêt aux actions téméraires, courageux et généreux, Cyrano a su émouvoir le public grâce à son noble et malheureu amour pour sa cousine Roxane, pour son intégrité morale, pour la négation de toute forme de compromis, pour sa méprise des puissants et leurs abus.     

L’importance de la cinquième scène du troisième acte.
 Très importante au sein de l’intrigue, cette scène est le prélude à la plus célèbre scène du Balcon, où Cyrano, caché, souffle ses belles phrases d’amour à son ami Christian, un très beau et valeureux soldat, mais incapable de broder en jolies paroles ses sentiments. La rencontre entre Roxane et Christian se termine par un échec. Roxane, belle précieuse attirée par la beauté de Christian, est convaincue que le jeune soldat est un bel esprit : elle ne sait pas que les belles paroles qu’elle a lues dans ses lettres ont été écrites par son cousin Cyrano. Face à l’incapacité expressive du cadet, la précieuse rentre chez elle en fermant la porte au nez du pauvre soldat. Christian alors invoque l’aide de son ami Cyrano qui, caché à l’ombre du balcon lui souffle les plus belles paroles d’amour.  Comme Christian est même incapable de les répéter, Cyrano décide de prendre sa place. C’est à ce moment-là que son éloquence, accompagnée par un vrai sentiment d’amour se fait émouvante. Sans la scène précédente il n’y aurait aucun contraste entre l’impuissance de Christian et la maîtrise de Cyrano.